9 mai 2016

Mais elle va mourir vous savez...

Nous sommes en 1984-1985.
J'ai 7 ou 8 ans. 

Il y a quelques semaines juste avant Noël, j'ai été hospitalisée pendant 1 semaine pour une biopsie de mes reins. 

Ca a été difficile pour tous le monde. 

Mais le plus dur arrive pour mes parents.
Il faut attendre maintenant les résultats.


Les prélèvements de biopsie c'est toujours un peu long à obtenir.

On a dit 15 jours à mes parents. 

C'est les fêtes de fin d'année, alors on fait semblant de faire comme d'habitude. 
Je suis très gâtée. Beaucoup plus que d'habitude. 

Moi, je suis petite, je ne me rends pas compte des enjeux.
 Je suis encore une petite fille insouciante. 

Je ne sais pas encore que c'est le début d'une grande et douloureuse aventure. 
Il y aura des joies aussi, mais je le saurais plus tard. Bien plus tard.

Je me rends juste compte que les câlins de Maman sont plus nombreux et plus serrés. 

Elle pleure plus souvent aussi. 

Si elle savait. Ce n'est que le début. 

Pour avoir les résultats, mes parents doivent aller voir le Pr D.

D'habitude, je viens, mais là, je reste chez papi et mami. 

15 jours, lorsqu'on est angoissé, ça ne doit pas passer vite, mais ça finit toujours par arriver.

Mes parents sont dans la salle d'attente du Pr D.
Ce n'est pas vraiment une salle d'attente. C'est un grand couloir.

Il fait toujours attendre très longtemps le Pr D.

Mes parents ont beaucoup d'appréhension.
Ils auraient certainement aimés que cette fois là, juste cette fois, le Pr D. soit à l'heure. 

Mon futur est dans les résultats de cette biopsie. 
Ils le savent bien. 
Maman travaille dans le médical. 

Enfin le Pr D. arrive. Il a l'air très grave. 

Il explique à mes parents que j'ai une maladie des reins. 
Une très grave maladie des reins.
Qu'ils vont peu à peu se détruire. 
Il leur dit que je vais devoir dialyser certainement avant l'âge adulte. 

Mes parents sont effondrés. 

Le Pr D. ajoute: Mais elle va mourir vous savez... Vous devriez faire un autre enfant. 


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3 commentaires:

  1. alors ça, je l'ai déjà entendu... et pas qu'une fois d'ailleurs!!!
    aux parents effondrés d'une petite fille de quelques mois qui venait de convulser, l'interne leur a dit la même chose.
    à d'autres parents, dans une situation quasi similaire, la grande pédiatre a dit "laissez-le nous, oubliez le et faites-en un autre, vous verrez ça ira mieux"
    plus de 15 ans plus tard je ne comprend toujours pas comment on peut dire ça à des parents. non vraiment.

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  2. Sur une chose le Pr D. n'avait pas tort: tu vas mourir, comme tout un chacun d'ailleurs vu qu'on est tous destinés à cela un jour où l'autre...! Que de clairvoyance chez ce spécialiste, ça valait la peine d'attendre une éternité dans s̶o̶n̶ ̶c̶o̶u̶l̶o̶i̶r son accueillante salle d'attente rectangulaire. Et quoi de mieux qu'un spécialiste sachant allier l'art et la manière?? Tact, diplomatie, conseils avisés... Un florilège de compétences témoignant d'un professionnalisme sans failles.
    A en croire l'archétype des Pr D., tous les dialysés finiront bientôt sous terre, tous les diabétiques aveugles et amputés (diabétiques IRC pendez-vous demain matin!), quant aux "mongoliens" -pour en revenir à l'article précédent- pas de chance, vous auriez dû les avorter: maintenant c'est votre problème, à vous d'assumer! Après tout, pourquoi pas? C'est rationnel, carré, ça ne fait pas un pli et on rentre plus tôt chez soi le soir.
    Tout est une question de c̶o̶n̶s̶c̶i̶e̶n̶c̶e point de vue. Ou pas.

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  3. "Ne vous inquiétez pas, le suivant sera normal ! "
    Ben voyons !

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